Des îles et des referendum

By juillet 4, 2016 Insights

Alors que je rêve de la métaphore d’une île pour mon prochain album, La Grande-Bretagne, et en particulier l’Angleterre – le pays où je suis né, a voté la séparation avec l’UE. Au son de slogans sur le contrôle des frontières et un programme anti-immigration sans complexe, le vote en faveur de la séparation a profondément entamé l’image de nation tolérante et cosmopolite que la Grande-Bretagne se faisait d’elle-même.

A peine le résultat du vote connu, les actes de xénophobie et les insultes racistes n’ont pas tardé à se manifester, avec la recrudescence signalée d’actes de haine et d’intolérance. Je ne peux m’empêcher de penser que, plus qu’un vote sur l’UE, le referendum a traduit la façon dont les gens se projettent dans le monde de notre 21e siècle. Le referendum a révélé un abîme entre les partisans d’une société multi-culturelle, multi-raciale, multi-confessionnelle et ceux qui sont tombés dans le piège populiste de la diabolisation de l’immigrant, tout en glorifiant une argumentation historique qui exclut les autres, et qui aurait tôt fait de nous ramener à une vision du passé blanchi comme pour un parc à thème.

L’inspiration pour cet album, l’île fantastique et musicale que j’ai imaginée, se raccrochent à une période de l’Histoire qui date d’il y a 800 ans, alors que les Sarrazins et les Normands régnaient et prospéraient ensemble, et que Musulmans, Chrétiens et Juifs vivaient et priaient côte à côte. Au cours de mes lectures sur ce royaume Normand de Sicile au 12e siècle, j’ai été frappé à plusieurs reprises par la faculté de l’Europe à passer de périodes illuminées aux épisodes d’une terrifiante obscurité.

En ces temps inquiétants que nous connaissons, quoi de plus pertinent et de plus questionnant que ces mots de l’historien John Julius Norwich, décrivant le royaume Normand de Sicile :

« Dans le contexte d’une Europe féodale presque entièrement livrée au carnage, assourdie par le tumulte des luttes et de la délinquance ordinaire, déchirée en outre par le schisme, et toujours dans l’ombre du conflit titanesque entre l’Empereur et le Pape, Roger Ier laissait un pays – pas encore une nation – dans lequel on ne comptait aucune rébellion de barons et où les églises Grecque et Latine ne luttaient ni contre l’autorité laïque, ni même entre elles. Alors que le reste du continent, dans une combinaison ridicule d’égoïsme cynique et d’idéalisme sans fondement, s’épuisait et se déshonorait dans une croisade, lui – seul parmi les leaders européens à avoir retenu de sa propre expérience la vanité de l’esprit des croisades – avait créé le climat d’une pensée religieuse et politique éclairée, dans laquelle toutes races, croyances, langues et cultures étaient équitablement encouragées et privilégiées. Un tel phénomène, sans équivalent au Moyen-âge, est même assez rare à toutes autres époques. Et ce qu’a réussi le Comte Roger de Sicile dans l’Europe du 11e siècle, la plupart des nations du monde moderne pourraient s’en inspirer avec un bénéfice certain. »

John Julius Norwich – The Normans in the South (1016-1130)

  • kacho octobre 2, 2016 at 3:36

    Puisse,que votre musique, soit un pont qui se fasse entendre par delà ce mur de la honte en construction…